Artisan en faillite : comment tenter de récupérer jusqu’à 80 % de votre argent ?

Vous avez versé un gros acompte à un artisan pour des travaux, et vous découvrez qu’il est en liquidation judiciaire ? Sensation de panique, impression d’avoir tout perdu… Rassurez-vous : tout n’est pas forcément terminé pour votre argent, ni pour votre chantier.

La situation est compliquée, mais il existe des réflexes à avoir et des démarches à suivre pour tenter de limiter la casse. Voici, pas à pas, ce que vous devez savoir si votre artisan met la clé sous la porte en plein projet de rénovation.

Liquidation judiciaire : ce que cela signifie vraiment pour vos travaux

Chaque année, des dizaines de milliers d’entreprises, dont de nombreux artisans du bâtiment, se retrouvent en cessation de paiement. La liquidation judiciaire est la procédure qui marque l’arrêt définitif de l’activité de l’entreprise.

Concrètement, cela veut dire que votre artisan n’a plus le droit de poursuivre ses travaux, ni d’encaisser de nouveaux paiements. C’est le tribunal de commerce qui confie alors la gestion de l’entreprise à un professionnel : le liquidateur judiciaire.

Important : même si l’entreprise disparaît, le contrat que vous avez signé reste valable. Vous n’êtes pas effacé de l’histoire, mais votre interlocuteur change.

Votre nouveau contact : le liquidateur judiciaire, pas l’artisan

À partir du jugement de liquidation, votre artisan ne gère plus rien. Inutile de le harceler au téléphone : il n’a plus la main sur les comptes, ni sur le dossier.

Le seul interlocuteur qui compte désormais, c’est le liquidateur judiciaire. C’est lui qui :

  • recense les dettes de l’entreprise, dont ce que l’artisan vous doit ;
  • vend les biens de l’entreprise (matériel, véhicules, outils, stocks, parfois le local) ;
  • répartit l’argent récupéré entre les différents créanciers, selon un ordre de priorité fixé par la loi.

Vous devez donc absolument vous procurer le jugement de liquidation (sur le site du greffe du tribunal de commerce, par exemple) pour connaître les coordonnées du liquidateur et les délais à respecter.

Première urgence : déclarer votre créance sans attendre

Pour espérer récupérer tout ou partie de votre argent, il y a un geste indispensable : déclarer votre créance. Sans cette démarche, vous passez tout simplement à côté de vos droits.

Qu’est-ce qu’une créance dans votre cas ?

Votre créance correspond à ce que l’entreprise vous doit :

  • les acomptes versés pour des travaux non réalisés ;
  • les sommes payées pour du matériel jamais livré ;
  • un éventuel surcoût si vous avez dû faire intervenir un autre artisan pour reprendre ou terminer le chantier (dans certains cas, sur justificatifs).

Rassemblez tous vos documents : devis signé, factures, relevés de virement, courriels, SMS, photos du chantier… Plus votre dossier est clair, mieux c’est.

Comment faire la déclaration de créance ?

Vous disposez en principe de deux mois à compter de la publication du jugement de liquidation au BODACC (bulletin officiel) pour déclarer votre créance au liquidateur. En pratique :

  • téléchargez ou demandez le formulaire de déclaration de créance ;
  • complétez-le soigneusement (montant, nature de la dette, coordonnées) ;
  • joignez les justificatifs principaux (copie du contrat, preuve des paiements) ;
  • envoyez le tout par courrier recommandé avec accusé de réception.

Gardez une copie complète de votre dossier. Cette étape ne garantit pas le remboursement, mais sans elle, vous n’aurez aucune chance.

Vos chances de récupérer votre argent : ce que dit la réalité

C’est là que les choses se compliquent. Tous les créanciers ne sont pas logés à la même enseigne. La loi prévoit un ordre de priorité : certains passent avant les particuliers.

Vous êtes un « créancier chirographaire »

En tant que client particulier, vous êtes généralement considéré comme un créancier chirographaire. En clair : vous êtes dans la catégorie la moins prioritaire. Avant vous, on trouve notamment :

  • les salariés de l’entreprise ;
  • le Trésor public et les organismes sociaux ;
  • les banques et créanciers bénéficiant de garanties spécifiques.

Ce n’est qu’une fois ces dettes payées, s’il reste de l’argent dans la caisse, que les clients peuvent être indemnisés. Et dans de nombreux dossiers, le « reste » est très limité… voire nul.

Dans quels cas pouvez-vous espérer un remboursement ?

Un remboursement total est rare, mais un dédommagement partiel reste possible si :

  • l’entreprise possédait des biens de valeur (locaux, véhicules récents, machines) ;
  • il y a peu de dettes prioritaires ;
  • le liquidateur parvient à vendre les actifs à un bon prix.

Dans certains dossiers, des clients récupèrent une partie de leur mise, parfois étalée dans le temps. Il faut toutefois être lucide : l’argent versé est souvent en grande partie perdu. D’où l’importance d’anticiper au maximum en amont.

Travaux à l’arrêt : comment réagir pour sauver votre chantier ?

Au-delà de la question du remboursement, un autre problème se pose : votre maison ou votre appartement se retrouve en plein chantier. Comment faire pour terminer les travaux sans exploser le budget ?

Faire le point technique avant de relancer un autre artisan

Avant de vous précipiter vers un nouveau professionnel, prenez le temps de :

  • faire un état des lieux précis de ce qui a été réalisé et de ce qui reste à faire ;
  • vérifier la conformité de ce qui a déjà été posé (électricité, plomberie, structure) ;
  • prendre des photos détaillées de chaque étape du chantier.

Faites ensuite venir un ou deux artisans pour obtenir des devis de reprise. Certains refusent de reprendre un chantier abandonné, mais beaucoup acceptent à condition de pouvoir vérifier ce qui a été fait.

Peut-on réutiliser le devis initial ?

Le devis de l’artisan en faillite ne s’impose pas au nouveau professionnel, mais il reste un document utile pour :

  • comprendre le projet global ;
  • comparer les prix ;
  • identifier les matériaux prévus.

N’espérez pas que le nouvel artisan « termine au même prix » : il devra souvent corriger des erreurs ou adapter le chantier, ce qui peut renchérir la facture.

Les protections à mettre en place à l’avenir

Si vous traversez une liquidation judiciaire, vous n’aurez probablement plus envie de revivre ça. Heureusement, il existe quelques réflexes pour réduire les risques lors de prochains travaux.

Limiter les acomptes et étaler les paiements

Dans la mesure du possible, évitez de verser des sommes trop importantes avant le démarrage. Quelques repères :

  • acompte raisonnable : 20 à 30 % à la signature ;
  • paiements échelonnés selon l’avancement réel du chantier ;
  • solde uniquement à la fin, après vérification des travaux.

Plus vos paiements sont liés à des étapes concrètes, moins vous risquez de perdre une grosse somme en cas de faillite.

Vérifier la santé de l’entreprise avant de signer

Personne n’a de boule de cristal, mais quelques vérifications simples peuvent alerter :

  • consulter les avis clients récents ;
  • regarder l’ancienneté de l’entreprise ;
  • vérifier sur des sites spécialisés si l’entreprise n’est pas déjà en procédure (sauvegarde, redressement).

Un artisan en difficultés financières n’est pas forcément malhonnête, mais le risque de liquidation est plus élevé.

En conclusion : ne rien lâcher, mais garder les pieds sur terre

Apprendre que son artisan est en liquidation judiciaire est toujours un choc, surtout quand on a déjà versé plusieurs milliers d’euros. Même si la loi ne vous place pas en première position pour être remboursé, vous avez des droits et des démarches à engager.

Déclarez votre créance dans les temps, restez en contact avec le liquidateur, documentez au maximum votre dossier et faites-vous éventuellement accompagner par une association de consommateurs ou un conseiller juridique. Vous ne récupérerez peut-être pas tout, mais vous maximisez vos chances de ne pas tout perdre.

Et pour vos prochains travaux, gardez ces enseignements en tête : paiements échelonnés, vérifications en amont et contrats bien ficelés. Votre maison mérite des travaux sereins… et votre portefeuille aussi.

Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Votre inscription est confirmée.

Envie de connaitre le prochain arrivage Parkside ?

Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter pour recevoir les prochaines promo Parkside de chez Lidl.

À lire également

Laisser un commentaire