Elle louait une chambre sur Airbnb chez elle : la Sécurité sociale l’a licenciée pour activité jugée non autorisée

Ces derniers mois, la flambée des prix a poussé nombre de Français à chercher des solutions pour soulager leur budget. Parmi eux, Delphine, employée depuis dix-sept ans à la CPAM du Puy-en-Velay, pensait avoir trouvé la parade : louer une chambre de sa maison sur Airbnb. L’initiative, pourtant banale dans l’économie du partage, lui vaudra une sanction radicale : un licenciement pour « activité non autorisée ». L’affaire, aujourd’hui devant la justice, interroge sur la compatibilité entre quête de revenus complémentaires et obligations professionnelles.

Un complément de revenu devenu affaire professionnelle

Face à l’inflation – plus de 4 % en moyenne sur l’année 2023 – de nombreux ménages cherchent à diversifier leurs sources de revenus. Delphine et son mari, propriétaires d’une grande maison partiellement inoccupée, pouvaient espérer gagner jusqu’à 500 € par mois en haute saison grâce à la location saisonnière. De quoi financer la rénovation de la toiture ou absorber la hausse de leurs factures énergétiques. Pour elle, il ne s’agissait pas d’ouvrir une entreprise : « C’était juste une chambre libre, un peu de convivialité et un petit plus pour le budget », explique-t-elle aujourd’hui.

Des règles internes particulièrement strictes

La convention collective des organismes de Sécurité sociale, rédigée bien avant l’essor des plateformes collaboratives, limite le cumul d’activités. Les salariés ne peuvent exercer qu’une poignée d’activités accessoires – écriture, peinture, bénévolat – sans solliciter d’autorisation formelle. Tout le reste est considéré comme professionnel et donc soumis à contrôle. Dans la lecture qu’en fait la CPAM, accueillir des voyageurs contre rémunération revient à gérer une activité commerciale, incompatible avec le principe de neutralité imposé aux agents. Cette interprétation rigoureuse vise à éviter tout conflit d’intérêts, même si, dans la pratique, elle surprend un grand nombre de salariés.

La difficile frontière entre privé et professionnel

Delphine se défend : « Je n’ai jamais caché cette location, je ne faisais pas de publicité agressive, et je payais mes impôts. » Selon elle, la frontière entre patrimoine privé et activité lucrative est floue. Un simple exemple : près de 17 % des propriétaires français déclarent avoir déjà loué ponctuellement tout ou partie de leur logement via des plateformes. Faut-il pour autant considérer chaque annonce comme une véritable société ? Les juristes eux-mêmes s’affrontent : certains estiment qu’il s’agit d’une gestion privée de biens, quand d’autres y voient un service marchand à part entière.

Chronologie d’un licenciement contesté

  • 2013 : première mise en ligne de la chambre familiale, avec un tarif moyen de 45 € la nuit.
  • 2018-2022 : l’activité grimpe, atteignant environ 70 nuits louées par an, soit 3 200 € de revenu brut.
  • Février 2023 : la hiérarchie de Delphine lui propose un passage à temps plein ; elle décline pour conserver son équilibre vie privée-professionnelle.
  • Mai 2023 : notification officielle de licenciement pour « cumul d’activités non autorisées ».
  • Décembre 2023 : le conseil de prud’hommes confirme la décision en première instance.
  • Mars 2024 : Delphine fait appel et réclame 60 000 € de dommages et intérêts.

Quelles leçons pour les salariés tentés par l’économie collaborative ?

  1. Vérifier son contrat et la convention collective : certains secteurs publics ou parapublics appliquent des règles datant d’avant l’essor des plateformes.
  2. Demander une autorisation écrite lorsque le moindre doute subsiste ; un courrier recommandé peut éviter des litiges longs et coûteux.
  3. Tenir une comptabilité transparente : déclarer les revenus sur la feuille d’impôt, conserver factures et attestations pour prouver la bonne foi.
  4. Évaluer la balance risque/gain : 300 € mensuels d’appoint peuvent paraître attractifs, mais une rupture de contrat représente souvent plusieurs dizaines de milliers d’euros perdus.

Aujourd’hui, Delphine travaille à temps plein à la SNCF ; une nouvelle page professionnelle s’ouvre pour elle. Toutefois, son combat juridique, toujours en cours, pourrait bien servir de précédent : si la cour d’appel lui donne raison, les organismes devront peut-être assouplir leurs règles face aux réalités économiques de 2026 et à l’essor irréversible de l’économie collaborative.

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