Dans un mur porteur, l’ouverture d’une porte, d’une fenêtre ou d’une baie vitrée ne tient qu’à un élément : le linteau. Pour qu’il supporte correctement la maçonnerie qui repose dessus, son ferraillage ne doit rien laisser au hasard. Ce pas-à-pas détaille la conception, la mise en place des armatures, le coffrage et le bétonnage d’un linteau en rénovation. Objectif : obtenir une pièce fiable, sans fissure ni risque d’affaissement.
Pourquoi ferrailler un linteau en rénovation ?
Le linteau est une poutre horizontale placée au-dessus d’une ouverture. Dans un mur porteur en pierre, brique ou parpaing, il encaisse la flexion et compense les éventuels mouvements du bâtiment.
On renforce ou remplace un linteau dans deux situations principales :
- Linteau dégradé : fissures, corrosion des aciers ou section trop faible.
- Création ou agrandissement d’ouverture : nouvelle baie vitrée, porte-fenêtre ou garage.
Le béton armé présente des atouts décisifs :
- résistance élevée à la flexion grâce aux barres d’acier ;
- bonne tenue aux micro-mouvements et limitation des fissures ;
- ferraillage adaptable à la portée et aux charges réelles.
Au-delà de 3 m ou sous forte charge (plancher béton, étage), faites vérifier le dimensionnement par un professionnel.
Matériel et outils pour ferrailler un linteau
Préparez les éléments suivants :
- Armatures (acier haute adhérence, HA) :
- barres Ø10 à Ø20 mm selon la portée ;
- généralement 4 fers en partie inférieure (zone tendue) et 2 en partie supérieure (anti-fissuration) ;
- étriers ou cadres fermés pour solidariser l’ensemble.
- Coffrage :
- planches de sapin de 22 ou 27 mm pour le fond et les joues ;
- ou blocs en U ou pré-linteau servant de coffrage perdu.
- Béton :
- béton prêt à l’emploi ou dosage type C25/30 ;
- consistance plastique pour un bon enrobage des aciers.
- Outils :
- mètre, niveau, équerre, crayon ;
- pince et fil de ligature, coupe-fer ;
- cales plastiques de 20 mm ;
- marteau, massette, truelle, seaux ou auge ;
- vibrateur de béton ou, à défaut, frappe régulière sur le coffrage.
Ajoutez un échafaudage ou une plateforme stable et des étais pour sécuriser le travail et maintenir le coffrage pendant le coulage.
Dimensionnement simplifié et ferraillage type
Le calcul précis suit l’Eurocode, via le moment fléchissant maximal Mmax. L’aire d’acier tendu As se détermine par :
As = M / (z × fyd) avec z ≈ 0,9 d (d : hauteur utile du linteau, fyd : résistance de calcul de l’acier).
Dans la pratique, on retient des schémas courants, à ajuster selon la situation :
- Linteau d’env. 3–3,3 m, sans plancher lourd au-dessus :
- 4 HA12 en bas ;
- 2 HA10 en haut ;
- appuis de 50–60 cm dans le mur ;
- enrobage béton ≥ 20 mm.
- Linteau d’env. 4 m ou fortement chargé :
- 4 à 8 barres HA15 à HA20 en bas (après calcul) ;
- armatures hautes et étriers plus serrés pour limiter les fissures.
Dès que la portée dépasse 3 m ou que les charges grimpent (plancher, toiture lourde, mur épais), un bureau d’études ou un maçon expérimenté doit valider le ferraillage.
Étapes clés pour ferrailler et couler un linteau
1. Préparer l’ouverture et les appuis
Commencez par creuser les encastrements :
- deux cavités de 50–60 cm de profondeur dans l’épaisseur du mur, de part et d’autre de l’ouverture ;
- étayez la maçonnerie supérieure si l’ouverture est en cours de création ;
- assurez-vous qu’aucun plancher n’appuie juste au-dessus sans calcul préalable.
2. Mettre en place le coffrage
Un coffrage rigide et étanche est indispensable :
- posez une traverse soutenue par deux étais ;
- fixez le fond de coffrage (planches) sur cette traverse ;
- installez la joue opposée, d’équerre, renforcée si besoin par des serre-joints ;
- ajoutez un tasseau si vous prévoyez une feuillure pour la menuiserie ;
- contrôlez les niveaux et la verticalité.
Graissez les faces internes avec une huile de décoffrage (jamais d’huile usagée) ; le décoffrage sera plus net.
3. Positionner les armatures
Les barres ne doivent pas toucher le bois du coffrage :
- coupez et pliez les barres ainsi que les cadres à la longueur du linteau, appuis compris ;
- placez des cales de 20 mm sous et autour des aciers pour l’enrobage ;
- installez 4 barres principales en bas, les barres hautes et les étriers selon le schéma choisi ;
- ligaturez solidement pour éviter tout déplacement pendant le bétonnage.
4. Couler et vibrer le béton
Mouillez le coffrage et la maçonnerie juste avant le coulage pour limiter l’absorption de l’eau du béton.
- remplissez le coffrage par couches, sans heurter les armatures ;
- répartissez le béton avec la truelle pour chasser l’air ;
- vibrez le béton :
- idéalement au vibrateur ;
- à défaut, tapez régulièrement le coffrage à la massette.
- tirez ou lissez la surface à niveau.
Une vibration correcte compacte le béton, augmente sa résistance et réduit les nids de gravier.
5. Cure, séchage et décoffrage
Après le coulage :
- protégez le linteau du soleil et du vent ;
- humidifiez légèrement la surface les premiers jours ;
- attendez 7 jours minimum avant de retirer le coffrage (plus par temps froid ou pour une section importante) ;
- comptez environ 28 jours pour la résistance finale.
Erreurs fréquentes et budget à prévoir
Les mêmes pièges reviennent souvent :
- Ferraillage insuffisant : trop peu de barres ou diamètres sous-dimensionnés.
- Enrobage inférieur à 20 mm : aciers exposés à la corrosion.
- Coffrage instable : déformation ou fuite de laitance pendant le coulage.
- Absence de vibration : bulles d’air, nids de gravier, résistance réduite.
- Décoffrage prématuré : béton encore trop jeune, risques de fissures.
Pour un linteau standard réalisé soi-même, comptez généralement 100 € à 300 € de matériaux (aciers, bois, béton). Avec un professionnel — calcul, ferraillage et mise en œuvre — le budget passe plutôt entre 500 € et 1 500 €, avec à la clé un chantier garanti et assuré.
En suivant ces étapes et en respectant les règles de base, vous disposerez d’un linteau en béton armé capable de supporter durablement votre nouvelle ouverture tout en sécurisant votre rénovation.